Un mois après la déclaration d’épidémie de maladie Ebola en République démocratique du Congo, Médecins Sans Frontières (MSF) constate qu’en dépit de l’intensification récente de la réponse, d’importantes lacunes compromettent les efforts visant à la contrôler, que ce soit en matière de diagnostic, de surveillance, de recherche des contacts ou d’engagement communautaire. MSF appelle de toute urgence à une réponse qui soit à la hauteur de la crise en cours.
Dans un communiqué de presse rendu public hier, lundi 15 juin, MSF précise bien que le nombre de cas confirmés rapportés dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu soit relativement faible, ces provinces font face aux mêmes défis en matière de surveillance et de dépistage. Au Nord-Kivu, un seul laboratoire est disponible pour analyser les échantillons sanguins, avec des délais de plusieurs jours. En l’absence de système automatisé d’acheminement vers les structures de santé, les résultats peuvent parfois prendre près d’une semaine.
« Cette épidémie peut encore être maîtrisée, mais plus nous attendons, plus la marge de manœuvre se réduit », a fait savoir le coordinateur d’urgence de MSF en RDC, Frédéric Lai Manantsoa. « Il est urgent de renforcer le diagnostic, la surveillance, l’accès aux soins et l’engagement communautaire. Nous appelons les autorités et tous les acteurs impliqués dans la réponse à tout mettre en œuvre pour faciliter la circulation des personnels de santé et des fournitures, et permettre une réponse qui soit à la hauteur de cette crise. »
Les autorités sanitaires congolaises ont officiellement rapporté plus de 650 cas confirmés et plus de 130 décès. MSF souligne toutefois que ces chiffres ne reflètent probablement qu’une partie de la réalité.
Des centaines de tests mobiles
« Le dépistage reste l’une des principales faiblesses de la réponse, malgré des améliorations récentes des capacités de laboratoire et l’arrivée de centaines de tests mobiles dans l’est de la RDC, spécifiquement conçus pour le virus Bundibugyo », a indiqué la coordinatrice médicale d’urgence de MSF en RDC, Kate White. « De nombreuses zones, en particulier celles touchées par l’insécurité, ont encore un accès limité à ces tests, et les centres de traitement continuent d’attendre longtemps les résultats des tests. Sans un dépistage plus rapide et largement disponible, il sera difficile de détecter les cas suffisamment tôt pour contenir l’épidémie. »
Les zones affectées par l’épidémie sont marquées par de longues années de conflits actifs, de déplacements répétés de populations, de lacunes dans l’accès aux soins de santé et d’insuffisance de la réponse humanitaire. Ces conditions entravent fortement les efforts actuels face à Ebola et créent un environnement propice à la propagation de la maladie.
En Ituri, où MSF est présente depuis des décennies, les équipes ont pu observer de la peur et de méfiance parmi les habitants face à l’arrivée soudaine des équipes de réponse Ebola.
« Mettre en place des activités et expliquer la maladie ne suffit pas à instaurer la confiance, il faut aussi écouter les préoccupations de la population, et l’inclure pleinement dans la manière de façonner la réponse », a souligné Frédéric Lai Manantsoa.
Pour de nombreux habitants des zones affectées, cette épidémie s’ajoute en réalité à bien d’autres urgences sanitaires, insuffisamment prises en charge depuis des années. Dans ce cadre, maintenir l’accès aux soins de santé courants est tout aussi essentiel que le contrôle de l’épidémie pour sauver des vies.
MTB
