Les autorités de facto de la province du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) imposent depuis des mois des restrictions néfastes qui empêchent les survivant.e.s de violences sexuelles d’accéder à des soins essentiels et les exposent à davantage de risques. Médecins Sans Frontières (MSF) exhortent ces autorités à mettre immédiatement en œuvre les accords conclus afin de garantir un accès sûr et confidentiel aux soins.
Depuis le début de l’année 2026, les autorités en charge de la gestion des services de santé au Nord-Kivu ont introduit et imposé des mesures aux professionnels, structures de santé et aux organisations humanitaires prenant en charge les victimes et survivant.e.s de violences sexuelles.
Ces mesures consistent notamment à restreindre la reconnaissance des violences sexuelles aux personnes présentant des signes visibles de blessures, ce qui a pour effet de réduire le nombre reconnu de victimes et de survivant.e.s. Ces mesures exigent par ailleurs des examens physiques intrusifs et médicalement inutiles pour prouver l’existence d’une violence ou d’une agression. Elles obligent les victimes et les survivant.e.s à se présenter à la police avant de solliciter des soins, et ne permettent l’accès aux soins qu’aux seules personnes qui se présentent dans les 72 heures suivant l’agression.
Les autorités de facto ont également ordonné aux organisations et aux prestataires de soins de santé – y compris MSF – d’utiliser des formulaires imposant des questions intrusives, stigmatisantes et non essentielles, sans rapport avec le traitement médical. Ces documents exigent notamment de connaître les noms et adresses des survivant.e.s, ainsi que des détails sur les auteurs présumés. Cela porte atteinte au secret médical, expose les survivant.e.s à des risques supplémentaires et va à l’encontre des normes éthiques médicales internationales.
Les patient.e.s, en particulier les femmes, rapportent avoir été interrogé.e.s ou menacé.e.s pour les dissuader de se faire soigner dans les cliniques soutenues par des organisations humanitaires. Des professionnels de santé également ont rapporté à MSF qu’ils étaient menacés de suspension, voire d’emprisonnement, s’ils ne se conformaient pas aux nouvelles mesures.
Baisse de 41 % du nombre de personnes ayant sollicité ces soins
Pour MSF l’accès aux soins ne devrait jamais dépendre du signalement aux autorités ou de l’engagement d’une action en justice. Si la responsabilisation des auteurs est essentielle, subordonner l’accès aux soins à un signalement risque de dissuader les victimes et les survivant.e.s de solliciter des soins d’urgence et de les exposer potentiellement à de nouveaux préjudices.
L’analyse des données provenant de certains des établissements de santé que MSF soutient au Nord Kivu montre une baisse de 41 % du nombre de personnes ayant sollicité ces soins en août 2026 par rapport à janvier 2026.
« Rendre la crise moins visible ne fait pas disparaître la violence sous-jacente », déclare Akke Boere, directrice des opérations chez MSF. « Une baisse du nombre de cas signalés ne signifie pas que les violences sexuelles sont en recul. Cela signifie simplement que les victimes se heurtent à des obstacles pour accéder à des soins sûrs et confidentiels. »
« La priorité doit être de lever les obstacles aux soins, de renforcer la protection et l’accès à la justice, et de s’attaquer aux conditions qui permettent à la violence sexuelle de perdurer. Les restrictions actuelles ne sont pas le moyen d’y parvenir — elles ne font que causer davantage de préjudice aux victimes », souligne directrice des opérations chez MSF.
MTB
