Après les frappes militaires menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran, l’attention internationale s’est immédiatement portée sur le détroit d’Ormuz, point névralgique du commerce énergétique mondial. Le 28 février, Téhéran a annoncé interdire le passage de tout navire par le détroit. À cet instant précis, l’une des principales artères énergétiques de la planète s’est figée.
Large de seulement 33 kilomètres à son point le plus étroit, le détroit d’Ormuz constitue pourtant un maillon essentiel du système énergétique mondial. En 2025, près de 20 millions de barils de pétrole brut et de produits raffinés y transitaient chaque jour, soit environ 30 % du commerce maritime mondial de pétrole et près de 20 % de la consommation mondiale. Environ un cinquième des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié empruntent également cette voie.
Déjà dans les années 1980, lors de la guerre Iran-Irak, Téhéran avait menacé à plusieurs reprises de fermer le détroit, provoquant à chaque fois de fortes turbulences sur les marchés pétroliers et contraignant les États à adapter leurs réserves stratégiques et leurs routes d’approvisionnement. Mais le monde d’aujourd’hui est encore plus interdépendant. Une fermeture prolongée du détroit propagerait l’onde de choc du conflit moyen-oriental le long des routes maritimes, jusqu’aux économies les plus éloignées, et jusque dans le quotidien des ménages ordinaires.

La première répercussion serait immédiate : le prix du pétrole. À la veille même de l’escalade, les cours avaient déjà augmenté de 2 %, atteignant 72,48 dollars le baril, en raison de négociations américano-iraniennes jugées infructueuses. Deutsche Bank estime même que si le blocus se prolongeait, le baril pourrait grimper entre 120 et 150 dollars.
Derrière ces chiffres se cachent des conséquences bien concrètes. À la pompe, le plein coûterait nettement plus cher. Au supermarché, la hausse des coûts de transport renchérirait les prix des denrées alimentaires, des vêtements et des biens de consommation courante. Dans le secteur aérien, l’augmentation du carburant se traduirait par des billets plus onéreux.
Pour les pays en développement, l’impact serait encore plus sévère. L’explosion des factures énergétiques absorberait des budgets initialement destinés aux infrastructures, à l’éducation ou à la santé. Selon des estimations du Fonds monétaire international et d’autres institutions, une hausse de 10 dollars du prix du baril pourrait accroître l’inflation mondiale de 0,3 à 0,7 point de pourcentage. Le coût d’une guerre ne se limite jamais aux belligérants : il se diffuse silencieusement, réparti entre des millions de consommateurs.
La flambée pétrolière ne serait que le premier domino. L’agriculture, l’un des secteurs vitaux de l’économie moderne, est tout aussi dépendante de l’énergie : le gaz naturel est indispensable à la production d’engrais, le diesel alimente les machines agricoles, et le transport des récoltes repose sur les carburants. Lorsque l’énergie devient plus chère, les coûts alimentaires suivent et les populations les plus vulnérables en paient le prix fort.
Au même moment, de nombreuses banques centrales s’efforcent encore de maîtriser l’inflation. Une nouvelle envolée énergétique viendrait compliquer davantage cette tâche déjà délicate. Dans nombre d’économies émergentes, une combinaison de dépréciation monétaire et d’alourdissement de la dette pourrait raviver les risques d’instabilité sociale.
La paralysie du détroit d’Ormuz rappelle avec une clarté brutale une réalité fondamentale de la mondialisation : personne ne reste à l’écart. Lorsque des missiles tombent sur Téhéran, on pourrait être tenté de croire que le conflit est lointain. Mais lorsque ses conséquences se répercutent sur les factures d’énergie, les prix alimentaires et le coût de la vie, la distance géographique perd tout son sens.
La Chine a toujours soutenu que la paix est la condition préalable au développement, et que le développement constitue la meilleure garantie de la paix. Face à cette crise, la communauté internationale a la responsabilité de promouvoir un cessez-le-feu et d’engager une réflexion durable sur les solutions politiques. Le sort du détroit d’Ormuz ne devrait pas dépendre de la portée des missiles, pas plus que l’avenir du Moyen-Orient ne devrait être dicté par les armes.
Minhui XUE, journaliste CGTN
(Photo : VCG)
