« En 2024, 15.000 jeunes de moins de 25 ans ont contracté le virus du VIH, dont plus de 9.000 âgés de moins de 15 ans en RDC, selon le rapport du PNMLS », c’est ce qu’a indiqué Christine Januel, Coordinatrice Projet-VIH/TB à Médecins Sans Frontières, au cours de la conférence de presse organisé, hier mercredi 3 décembre à Kinshasa. Conférence qui a eu pour thème « Parler c’est agir, la jeunesse transforme la riposte au VIH ».
« Malgré les progrès réalisés, la lutte contre le VIH reste semée d’obstacles pour cette génération », explique le Dr Gisèle Mucinya, coordinatrice médicale du projet VIH de MSF à Kinshasa. « Outre les défaillances de la PTME, la mise sous traitement pédiatrique reste insuffisante, et l’accès au dépistage est limité : les tests ne sont pas toujours disponibles, et le dépistage volontaire est souvent payant. La loi interdit aussi aux moins de 18 ans de se faire dépister sans parent ou tuteur, et le manque d’information, même dans les écoles, est criant ».
Trop de jeunes développent encore des formes avancées du VIH/SIDA, faute de dépistage et de traitement précoces. Au Centre hospitalier de Kabinda, structure de soins spécialisée à Kinshasa, que MSF appuie, 489 patients suivis ont moins de 25 ans, dont 344 moins de 18 ans.
« J’ai appris que j’étais porteuse du virus à 15 ans », raconte Raïssa, 22 ans. « Très vite, j’ai été stigmatisée, rejetée, même par ma famille. J’avais tellement maigri qu’on m’interdisait d’aller aux fêtes ou aux deuils. Je ne sortais plus de ma chambre. Tout s’effondrait autour de moi, simplement à cause du regard des autres. »
Les “clubs des jeunes” : un modèle simple, humain et efficace
L’abandon du traitement est particulièrement préoccupant chez les jeunes à Kinshasa. Pour y remédier, MSF et l’association congolaise Jeunesse Espoir ont lancé en 2019 une initiative novatrice : les clubs des jeunes, avec pour objectif d’offrir aux adolescents et jeunes adultes vivant avec le VIH un espace sûr, confidentiel et convivial, relié à une structure de soins, où ils peuvent échanger entre pairs.
« C’est un modèle qui fonctionne remarquablement bien pour renforcer l’adhérence au traitement », a expliqué Christine Januel. « Les membres s’entraident, se motivent, s’encouragent. Ils deviennent acteurs de leur propre santé. »
Aujourd’hui, 83 jeunes âgés de 12 à 25 ans fréquentent ces clubs répartis dans quatre communes de Kinshasa. L’initiative intègre aussi une dimension éducative et préventive essentielle : les jeunes y apprennent à protéger leur santé, comprendre leur traitement et réduire les risques de transmission. « Les résultats sont parlants : en 2024, près de 80 % d’entre eux avaient une charge virale supprimée – contre 71% en 2019 – preuve de l’efficacité du modèle » a souligné l’oratrice.
« Pour moi, le club, c’est comme une grande famille », confie Kenny, 22 ans. « Quand j’ai appris que j’étais séropositif, je refusais d’y croire. C’est ici, grâce aux échanges, que j’ai appris à accepter mon statut. Aujourd’hui, je vis sans honte. Je me sens libre, capable de tout faire. J’ai appris à parler à mon partenaire sans peur. Je vois le monde positivement ».
Pour MSF, ce modèle permet de maintenir les jeunes sous traitement, d’éviter les formes avancées de la maladie – très coûteuses à traiter – et de renforcer la prévention dans toute la communauté. Pourtant, son avenir dépend des ressources nationales et internationales disponibles pour lutter contre le VIH/SIDA en RDC. Ces moyens sont structurellement faibles et en baisse depuis la réduction de l’aide internationale américaine.
« Nous prions pour que ces clubs existent partout dans le pays. Là où il y a des jeunes vivant avec le VIH, il faut leur offrir cet espace si l’on veut réduire la stigmatisation et la mortalité. Cela peut sauver des vies » a souligné Gisèle Mucinya.
MTB
