Les Deux Sessions se déroulent actuellement à Beijing. Grand rendez-vous politique annuel à l’occasion duquel l’Assemblée populaire nationale (APN), organe législatif, et la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC), organe consultatif, se prononcent sur les grandes questions du pays. L’APN va apprécier et valider le 15ᵉ plan quinquennal de développement économique et social de Chine. Il faut préciser que le plan quinquennal met l’accent sur les grandes priorités de développement de la Chine pour les cinq années à venir, mais il offre également des opportunités au monde entier, notamment aux pays du Sud global. À titre illustratif, l’Agenda 2063 de l’Union africaine trouve un écho dans les opportunités de ce plan. À l’occasion, CGTN Français a organisé une table ronde avec des journalistes africains pour échanger autour des opportunités qu’offre le 15ᵉ plan quinquennal aux pays du Sud global et de la coopération sino-africaine.
Intitulée « 15e Plan quinquennal : Opportunités pour le Sud global », la table ronde a réuni Clémence Tuina de la Radio Télévision du Burkina (RTB), coanimatrice à distance avec Karim Badolo et Sun Hongyu de CGTN Français, Gérard Njoya, rédacteur en chef à l’Actu Chine-Cameroon, Solange Tangamu de « Forum des As » en RDC, Héribert-Label Élisée Adjovi, patron du magazine panafricain « Le Label diplomatique » au Bénin, Justin Ntoutoume Ondong de l’Agence gabonaise de presse, Mamadou Ciré Baldé de Vision Guinée et nos deux consœurs de CGTN Français Melina Zhao, présentatrice de l’émission « La Chine avec moi » et Maïssa Benali Cherif.

À la question de savoir dans quels domaines la coopération sino-africaine pourrait être dynamisée, Clémence Tuina a évoqué le secteur de l’IA. Selon elle, l’Afrique et la Chine pourraient co-construire des IA applicables aux domaines de l’agriculture et de la santé. « C’est de cette manière que véritablement l’Afrique pourra aussi dire son mot dans cette révolution qui est en train de bouleverser toute la civilisation mondiale », a-t-elle déclaré. Il faut préciser que le 15ᵉ plan quinquennal (2026-2030) de développement économique et social de Chine accorde une priorité à l’innovation technologique. Dans cette dynamique, l’Afrique pourrait bénéficier de l’expérience chinoise en matière d’IA.

S’exprimant sur le 70ᵉ anniversaire de la coopération sino-africaine, Héribert-Label Élisée Adjovi, qui couvre médiatiquement les Deux Sessions à Beijing, a souligné l’impératif de consolider les liens dans les domaines économique et commercial à travers le renforcement du tissu industriel sur le continent africain et de l’agrobusiness. « Cela va permettre que l’Afrique puisse, sur place, transformer les matières premières, ajouter de la plus-value et pouvoir être compétitive sur le marché international, et donc les productions agricoles de l’Afrique pourront être amenées à l’exportation avec plus de compétitivité. Sur le plan de l’intelligence artificielle et du numérique, il faudra créer des plateformes communes de l’innovation et de la souveraineté technologique », a-t-il précisé.

Pour sa part, Gérard Njoya a soutenu que le 15ᵉ plan quinquennal de Chine trouve un écho dans l’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA). Saluant l’exonération des taxes douanières pour les produits africains entrant en Chine, à partir du 1er mai 2026, il a également évoqué la nécessité d’accorder une attention particulière à l’agriculture et à la culture.

Dans le même ordre d’idées, Justin Ntoutoume Ondong de l’Agence gabonaise de presse a indiqué que la suppression des barrières douanières est une avancée majeure de la coopération sino-africaine. À l’entendre, aucun pays, à part la Chine, n’a accordé une telle faveur à l’Afrique. Il appartient, de son avis, aux Africains de profiter d’une telle opportunité pour mieux exporter leurs produits sur le marché chinois et tirer le meilleur parti.

Quant à Solange Tangamu de Forum des AS en RDC, elle a soutenu que la Chine peut continuer à apporter son expertise à l’Afrique dans le domaine des infrastructures. « La Chine a déjà apporté son expertise dans ce domaine et il serait important que cela puisse encore s’approfondir avec la réalisation d’ouvrages d’infrastructures pour le développement », a-t-elle déclaré.
Au-delà des secteurs productifs, la profondeur du partenariat se mesurera à l’intensité des échanges humains. 2026 étant l’Année des échanges humains et culturels Chine-Afrique, les panélistes ont émis le souhait qu’elle soit mise à profit pour dynamiser les liens entre les deux parties. Évoquant le gala du Nouvel An chinois, Solange Tangamu s’est dite émerveillée par le spectacle des robots humanoïdes qui ont exécuté à la perfection des arts traditionnels chinois. Selon elle, la Chine a démontré sa capacité à marier technologie et traditions et cela devrait inspirer l’Afrique. Clémence Tuina a précisé que la Chine a démontré à travers le spectacle des robots que la tradition et la modernité ne sont pas opposées. Au contraire, les deux dimensions s’inspirent et se nourrissent mutuellement. De son avis, ces expériences pourraient être partagées dans le cadre des échanges humains et culturels.

Mélina Zhao a exploré des constructions exceptionnelles, les Tulou, inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008, à Yongding, dans la province du Fujian. Pour elle, ces bâtiments en terre battue sont bien plus que de simples habitations, ce sont de véritables maisons-forteresses, édifiées par les Aka, un peuple qui a connu de grandes migrations au fil de l’histoire. « Sans un seul clou de fer, ces murs épais ont été pensés pour la sécurité, la résilience et surtout la solidarité. Plusieurs centaines de personnes vivaient ici ensemble, sous un même toit, dans une communauté unie. Son rôle premier était donc de protéger cette communauté », a-t-elle raconté.

De son côté, Maissa Benali Cherif a fait une immersion dans le musée du patrimoine culturel immatériel de Quanzhou, dans la province du Fujian. Ce musée, ouvert en 2019, est l’un des plus grands du pays dédié au patrimoine culturel immatériel avec plus de 9 000 m² d’espace d’exposition. Le musée présente des projets couvrant les arts traditionnels, l’artisanat, les coutumes folkloriques et l’opéra régional avec plus de 650 objets exposés.
Affirmation de dignité et d’autonomie
Comment les médias africains et chinois devraient-ils coopérer pour raconter de manière plus authentique et équilibrée les histoires de développement du Sud global ? Pour Gérard Njoya, il appartient aux journalistes africains et chinois de définir un point commun de narration de la coopération sino-africaine. Selon lui, ils doivent faire preuve de professionnalisme et bâtir un climat de confiance entre eux pour mieux raconter l’Afrique et la Chine. Pour sa part, Clémence Tuina a relevé l’impératif d’une appropriation des récits de la coopération sino-africaine par les médias des deux parties. Par ailleurs, elle a suggéré une meilleure vulgarisation des récits à travers les plateformes multimédias et dans diverses langues africaines au-delà de l’anglais, du français, de l’arabe et du swahili. Pour Mamadou Ciré Baldé, qui couvre médiatiquement les Deux Sessions à Beijing, raconter nos trajectoires de développement à partir de nos propres voix n’est pas seulement un impératif professionnel, c’est une affirmation de dignité et d’autonomie. « La coopération médiatique sino-africaine, si elle s’inscrit dans la durée et l’exigence de qualité, peut devenir un instrument puissant de rééquilibrage informationnel et un vecteur d’un dialogue international plus équitable », a précisé le journaliste guinéen.
Dans un monde en proie à des incertitudes, il faut saisir les opportunités apportées par le 15e Plan quinquennal de Chine. L’Afrique et la Chine ont fait le pari de cheminer ensemble dans la solidarité et le respect mutuel pour bâtir une communauté d’avenir partagé !
https://www.youtube.com/watch?v=BICqb1SurzQ
(Par Karim Badolo et Sun Hongyu)
