Dans le nord du Cameroun, des savanes où poussent des balanites ou « dattier du désert » fait l’objet de reboisement. Avec l’appui du Cifor-Icraf à travers son programme Ressac, une femme entrepreneur, Djamilatou Maliki, s’est lancé dans l’économie de transformation avec à la base des produits forestier non-ligneux tel que la balanite et produits oléagineux comme les arachides, le sésame, le baobab etc. Des produits bio qui se déclinent en farine, biscuit, huile, lait, produits cosmétiques et recommandés pour la stabilisation du diabète. Consciente de l’utilisation des fruits forestiers, l’entrepreneuse s’investit dans le reboisement des espaces où poussent les balanites.
La vie de Djamilatou ou Maliki, ancienne institutrice, bascule du jour au lendemain lorsque tombe le diagnostic de son diabète de type 2, en 2010. Ne trouvant pas les aliments recommandés par son nutritionniste sur les grandes surfaces, pour stabiliser son diabète. Elle a jugé judicieux de se mettre à transformer elle-même ses produits de consommation. Et au fil des années l’entreprise Vlita Market, a vu le jour. « Depuis que je consomme les produits que je transforme mon diabète s’est stabilisé depuis 5 ans et je n’utilise plus de l’insuline » affirme la présidente fondatrice de Vlita Market.
Les produits forestiers non-ligneux, tel que la balanite provient de la ville de Maroua, dans le nord du Cameroun. Avec l’aide des coopératives, les fruits récoltées sont nettoyés. Une fois à Yaoundé où est implantée l’entreprise Vlita, ils sont séchés et chaque partie de la « datte du désert » sont utilisés. Rien ne se perd. « Avec les feuilles de la balanite, nous produisons du savon, le noyau de l’huile, des biscuits également. C’est ainsi que nous en sommes arrivés à une économie de transformation », fait savoir Djamilatou Maliki. Ce qui, souligne-t-elle, permet d’avoir des produits à des prix abordables, accessibles à tous. D’autant plus les consommateurs de ces produits ne sont pas seulement les diabétiques mais aussi ceux de la population qui aime manger sain.
Soutien du Ressac dans la formation, la conservation de la forêt
Parmi les produits phares prisés par les clients, il y a les biscuits sablés à base de balanite, de tamarin, de sésame. Des batônnets à base d’arachide pour les apéritifs, du jus, mais aussi de l’huile pour la cuisine. Des produits cosmétiques qui passent par du savon et du lait de beauté et de la pommade pour les cheveux. Du thé, des boissons énergisantes (Mordant) à base de clou de girofle, gingembre, citron, apprécié par un bon nombre de client de Vlita Market.
Dans son parcours de femme entrepreneure, Djamilatou Maliki, a participé à plusieurs formations. Notamment, celles organisées par le programme Recherche appliquée en écologie et sciences sociales pour la gestion durable des écosystèmes forestiers en Afrique centrale (Ressac) financé par l’Union européenne. « Le Ressac nous accompagne avec des formations. Et aussi dans la création de cluster, avec des unités de transformation collectives qui seront mis à notre disposition ». En effet, le Ressac, dans son volet renforcement des capacités facilite l’organisation de formation pour les chercheurs d’Afrique.
Un soutien dans le reboisement, et la mise en place d’une entreprise durable. « Nous avons, avec les coopératives contribuées à l’achat de plus de mille plans qui sont prêts à être repiquer. Nous attendons juste la saison de pluie. Ceci va contribuer au reboisement des espaces où les balanites ont été coupé pour permettre aux arbres de repousser. Nous utilisons des emballages plastiques recyclé, et dans nos produits, il n’y a pas d’additif chimique, aucun conservateur tout est naturel. Nos produits se conservent pendant plus au moins une année.
Ces processus de conservation nous ont été enseigné lors des formations », explique l’ancienne institutrice.
Autonomisation de la femme
Face à la réussite de son entreprise Djamilatou Maliki s’adonne à la formation des femmes pour leur autonomisation. Elle forme plus d’une cinquantaine de femme à la transformation des produits tel que le jus. « Avec peu, plus au moins 5000 FCFA, une femme peut produire du jus. Cela ne demande pas des machines, juste l’achat des emballages ». Vlita Market a, par ailleurs, reçu plusieurs prix grâce à ses performances et le soutien du ministère de des petites et moyennes entreprises et celui du commerce.
L’entrepreneuse espère d’ici quelques années pouvoir produire à grande échelle car la demande est forte, dit-elle. Comme quoi, l’utilisation de la balanite, produit forestier non-ligneux, permet à la population de préserver les forêts, de participer au reboisement de ces dernières. Grâce à la sensibilisation du Cifor-Icraf au Cameroun, un éveil de conscience se fait de plus ressentir dans la protection de la forêt, de la biodiversité.
Fyfy Solange TANGAMU
