Médecins Sans Frontières (MSF) a pris en charge, depuis 2019, 16 445 survivant·e·s de violences sexuelles dans la région de Salamabila, province du Maniema, en République Démocratique du Congo. En vue de son départ fin octobre, l’organisation appelle à la mobilisation afin que les avancées en matière de prise en charges des victimes et de sensibilisation dans le domaine perdurent.
MSF arrêtera ses activités vers fin octobre de l’année en cours à Salamabila dans la la province du Maniema. Cette fin des activités planifiée est légèrement anticipée pour permettre à l’organisation de se concentrer sur la réponse aux urgences médico-humanitaires des populations les plus vulnérables, dans un contexte de besoins accrus, de diminution drastique des financements humanitaires et de crise dans l’est de la RDC.
“Nous considérons que les objectifs du projet sont atteints aujourd’hui. Après toutes ces années de présence continue, nous devons faire le difficile choix opérationnel en tant qu’organisation d’urgence, de continuer à déployer notre aide médicale là où les besoins sont le plus criant” indique Idrissa Campaore, Responsable des programmes MSF dans le Maniema. “Des besoins importantspersistent néanmoins à Salamabila, les acteurs nationaux et internationaux doivent agir et prendre le relai”.
Approche innovante fondée sur l’action des ASR
MSF a mis en œuvre depuis 2019 une approche communautaire innovante à Salamabila pour répondre aux besoins des personnes ayant subi des violences sexuelles. Cette approchedécentralisée est fondée sur l’action des Agents de Santé Reproductive (ASR), des femmes issues de la communauté, souvent elles-mêmes survivantes de viols. Elles sont formées pour offrir une prise en charge médicale et psychosociale rapide, confidentielle et gratuite au sein des communautés. En 2024, les trois quarts des cas ont été pris en charge par ces ASR, illustrant l’efficacité et la pertinence de ce modèle décentralisé.
« Le modèle mis en place à Salamabila est réplicable, efficace et humainement vital. Il ne doit pas disparaître avec le départ de MSF ” explique Idrissa Campaore.
Les victimes, qui ne reçoivent pas de traitement dans les 72 heures après leur agression, courent des risques d’infection par VIH, et dans les 120 heures, des risques de grossesse. Une prise en charge holistique est également essentielle pour assurer des soins de santémentale et une protection d’urgence.
Ecole des maris
Parmi ces victimes,celles stigmatisées et rejetées par leur mari, sont nombreuses. Pour éviter cette double peine, MSF a créé également « l’école des maris » où elle a sensibilisé au moins 1520 hommes à un message crucial : un viol n’est pas une infidélité mais une violence subie. La méthode porte ses fruits. « Peu à peu, nous avons vu des maris inciter leur femme à venir nous voir et même les accompagner, c’était inimaginable avant » continue Elodie Françoise.
Desavancées aujourd’hui menacées. “Ce que je redoute c’est le retour à la case départ parce qu’unefois queMSFauraterminésesactivités, il y aura rupture sur la prise en charge curative, même la prise en charge psychosociale, il n’y en aura pas” conclu le Médecin chef de Zone Charles Bamavu.
Malgré les besoins importants, le Maniema reste marginalisé dans les financements humanitaires. En 2024, il n’a reçu que 2,5 % des fonds alloués par le Fonds Humanitaire de la RDC. Ce sous-financement chronique compromet la continuité des soins et la protection des survivant·e·s. De plus, le contexte de conflit des deux Kivu limitrophes et la fermeture de l’aéroport stratégique de Bukavu depuis février dernier, toute la zone est devenue aujourd’hui enclavée et difficile d’accès, exacerbant dramatiquement les besoins des populations.
MTB
